Idée reçue n°1 : « Il faut être souple pour faire du yoga ! »

Ce qu’on entend tout le temps

« Je suis trop raide, je peux pas faire de yoga. »
« Moi toucher mes orteils ? Le jour où les poules auront des dents. »
« Le yoga c’est pour les gens souples, moi je suis un manche à balai. »

Si tu as déjà dit ou pensé un truc dans ce genre, bienvenue au club. Tu fais partie des 95% de la population qui croit qu’il faut être souple pour faire du yoga.

Bim, on y est : le grannnnnd malentendu.

Comme si le yoga était une discipline réservée aux gens qui savent déjà mettre leurs jambes en lotus, poser le menton sur les genoux, et faire le grand écart facial avec le sourire.
Spoiler alert : non.
Être souple n’est pas un prérequis pour faire du yoga.
 C’est une conséquence possible. Et encore.

D’où ça vient, cette idée ?

Instagram et les contorsionnistes

Soyons honnêtes : Instagram n’a pas aidé.
On y voit surtout des silhouettes longilignes qui s’enroulent comme des lacets dans des décors de rêve. Des postures impossibles, des jambes derrière la tête, des équilibres sur une main et avec le sourire, évidemment.
Alors forcément, quand tu as déjà du mal à sortir de ta voiture sans grimacer, tu te dis que c’est pas pour toi.

Mais ces photos, c’est juste ça : des photos. Pas la réalité d’un cours de yoga. Pas l’essence de la pratique.
C’est comme regarder du food porn et croire qu’il faut être chef étoilé pour cuisiner. Et bah non !

Le yoga « bien-être » version Occident

Quand le yoga est arrivé en Occident dans les années 60-70, il a souvent été intégré via les sphères du bien-être, de la danse, du fitness… des milieux où les femmes étaient plus représentées.

Du coup, on a imaginé que c’était une activité « douce », « féminine », « pas pour les mecs », et surtout : réservée aux gens déjà souples.
Mais si on remonte un peu plus loin, pendant des siècles, le yoga était réservé aux hommes.
Des hommes hindous, brahmanes, souvent très jeunes, musclés, très sérieux… et pas en legging.

Donc bon. L’idée du yoga « pour filles souples », c’est récent. Et surtout, c’est une construction marketing. Pas la réalité de la pratique.

La souplesse, c’est bien. Mais c’est pas le but.

On ne va pas se mentir : la souplesse, c’est pratique.
C’est utile au quotidien pour :

  • Sortir de ta voiture sur un parking serré sans te déboîter la hanche
  • Lacer tes chaussures sans bloquer ta respiration
  • Ramasser un truc par terre sans faire « aaaah mon dos »
  • Te baisser pour caresser ton chat sans ressembler à un robot rouillé

Et oui, c’est photogénique aussi. On va pas se mentir, une belle pince avant avec les mains qui attrapent les pieds, ça claque sur les photos.
Mais ce n’est pas le but du yoga.
Le yoga, ce n’est pas :

  • Un concours de grand écart
  • Une démonstration de contorsionnisme
  • Une performance pour Instagram

Le yoga, c’est une pratique où tu rencontres ton corps tel qu’il est, pas tel qu’il « devrait être ».
Et ce corps, parfois, il est détendu, relâché, fluide.
Mais parfois, il est raide. Il tir, il bloque et parfois même, il râle.
Et c’est OK !

Ce que le yoga propose vraiment

Le yoga ne te demande pas d’être souple.
Il te demande d’être présent·e. Ça veut dire respirer, observer ce qui se passe dans ton corps, respecter tes limites, écouter tes sensations.
La vraie souplesse que cherche le yoga, elle n’est pas dans tes articulations, mais dans ta capacité à t’ajuster, à respirer dans l’inconfort, à accueillir ses sensations sans forcer.
Tu peux être aussi souple qu’un manche à balai et pratiquer avec profondeur, parce que le yoga, ce n’est pas une question de combien (combien loin tu peux aller, combien de temps tu tiens la posture, combien tu es souple).
C’est une question de comment (comment tu respires, comment tu vis la posture, comment tu écoutes ton corps).

Les gens très souples galèrent aussi (différemment)

Petit scoop : être très souple, ce n’est pas toujours un avantage en yoga ! Je sais : 😳

Pourquoi ?
Parce que quand tu es hyper souple, tu as tendance à :

  • Ne pas sentir tes limites, donc aller trop loin dans les postures (et te blesser)
  • Compenser par la souplesse plutôt que travailler la force
  • Manquer de stabilité dans les postures

Les personnes raides, elles, sont souvent plus stables, plus ancrées, plus conscientes de leurs limites.
Elles construisent la posture brique par briques, engagent les muscles. Elles respectent leur corps parce qu’elles n’ont pas le choix.
Et ça, c’est du bon yoga.
En réalité, l’idéal c’est l’équilibre : assez de souplesse pour bouger librement, assez de force pour tenir les postures, et surtout, assez de conscience pour écouter ton corps.

Ce qu’on oublie souvent

La souplesse n’est qu’une conséquence possible de la pratique du yoga.
Pas un critère d’entrée, ni une garantie, encore moins un objectif en soi.
Ce serait comme dire qu’il faut être en forme pour aller à la salle de sport, ou qu’il faut déjà savoir jouer du piano pour prendre des cours.
Absurde, non ?

Tu viens au yoga avec le corps que tu as : raide, souple, entre les deux. Peu importe.

Et petit à petit, avec la pratique régulière, peut-être que tu gagneras en mobilité. Peut-être que tes ischio-jambiers vont se détendre un peu.
Peut-être que tu arriveras à toucher tes orteils un jour.
 Ou peut-être pas.
Et dans tous les cas, c’est OK !
Parce que le yoga, ça n’est pas ça.

Alors, c’est quoi le yoga si c’est pas la souplesse ?

Le yoga, c’est :

  • un espace pour respirer
 : dans un monde où tout va trop vite, le yoga te propose de ralentir. De prendre conscience de ton souffle. De respirer vraiment, pas juste survivre.
  • un moment pour écouter ton corps
 : pas pour le forcer, ou le comparer, juste pour l’écouter. Sentir où ça tire, où ça relâche, où ça bloque.
  • un outil pour calmer le mental : parce que quand tu es concentré·e sur ta respiration et sur ta posture, ton mental arrête de tourner en boucle (en tout cas avec un peu d’entrainement)
  • une pratique de présence. 
Être là, maintenant. Pas dans ta to-do list, pas dans tes pensées. Juste là, sur ton tapis. Dans ce temps pour toi.
    C’est alors un moyen de te reconnecter à toi. 
À ton corps, à tes sensations, à ce que tu ressens vraiment. Pas ce que tu « devrais » ressentir.

Quelques conseils si tu débutes (et que tu es raide)

  1. Commence doucement
    Pas besoin de te lancer dans un cours de vinyasa power ultra dynamique le premier jour !
    Choisis un cours pour débutants, un cours doux un yoga du matin par exemple, ou même un cours de yin yoga (où on tient les postures longtemps, en relâchant les muscles). L’important, c’est de découvrir les postures de base, d’apprendre à respirer, de te familiariser avec ton corps sur le tapis. Tu peux même commencer en ligne, avec moi 😉
  2. Utilise des accessoires
    Briques, sangles, bolster… ces accessoires ne sont pas là pour les « nuls ». Ils sont là pour adapter la posture à ton corps.
    Si tu n’arrives pas à toucher le sol dans une flexion avant, pose tes mains sur des briques. 
Si tu n’arrives pas à attraper tes pieds, utilise une sangle. C’est pas tricher. C’est pratiquer intelligemment.
  3. Respire
    Quand ça tire, quand c’est inconfortable, respire.
    Ne bloque pas ton souffle. Ne serre pas les dents. Respire profondément, calmement.
    C’est la respiration qui détend les muscles. C’est elle qui te permet d’aller un peu plus loin, en douceur.
  4. Oublie ton voisin de tapis
    Ton voisin touche le sol en flexion avant ? Toi, tu touches tes genoux ? Cool pour lui. Parfait pour toi. C’est ton point de départ.
    Le yoga, ce n’est pas une compétition. C’est une pratique personnelle. Ton seul point de comparaison, c’est toi-même.
  5. Sois patient·e
    La mobilité, la souplesse, ça ne vient pas en deux cours. Mais en 5/6, tu verras déjà la différence, plus de facilité à faire tes lacets, à te retourner dans la voiture pour faire un créneau, etc.
    En pratiquant régulièrement, tu gagneras progressivement en mobilité. Peut-être que tu resteras relativement raide, mais tu développeras de la force, de la stabilité, de la conscience corporelle.
    Les deux sont du yoga.

Et donc ? Faut-il être souple pour faire du yoga ?

Nooooon ! Il ne faut pas être souple pour faire du yoga !

Il faut faire du yoga pour observer ce que ça bouge, dans ton corps et dans ta tête.
Peut-être que tu gagneras en souplesse, peut-être en force ou en calme mental.
Peut-être les trois ou peut-être autre chose.

Mais une chose est sûre : tu ne le sauras pas en restant sur ton canapé à te dire que t’es trop raide.
Alors viens comme tu es. !
Raide comme un piquet, souple comme un élastique, ou entre les deux.
Ton corps est le bon corps pour pratiquer le yoga, parce que le seul dont tu as besoin pour faire du yoga, c’est le tien !