Gérer une blessure avec le yoga

Une fois n’est pas coutume, j’écris cet article à la première personne, et pour revenir sur une expérience personnelle : la gestion de la blessure avec le yoga.

J’ai glissé sur une plaque de verglas il y a 1 mois dans mon village savoyard, et il me reste une élongation de l’adducteur, au niveau de l’insertion du muscle dans la hanche.

Cette blessure, côté gauche, vient s’ajouter à une vielle déchirure déclenchée sur un janusirsasana un peu trop engagé et encouragé par mon prof en ashtanga yoga il y a quelques années. 

Je pratique le yoga tous les jours. Je vois mon corps progresser plus ou moins dans les postures, et je le sais : cette blessure est un coup d’arrêt. Beaucoup de postures sont douloureuses, du parsvottanasana à upavistakonasana dont mes élèves savent que c’est pourtant l’une de mes favorites. Alors, comment gérer cette blessure au mieux pour continuer à pratiquer et à donner mes cours ?

Avec le yoga évidemment. Le yoga qui – je le répète souvent – ne se limite pas aux asanas !

Accepter la blessure et nos nouvelles limites 

La première chose à faire, c’est accepter la blessure. Je ne sais pas vous, mais lorsqu’il m’arrive quelque chose, j’ai toujours envie de faire comme si ça n’existait pas. Ça s’appelle le déni, et que ce soit pour une blessure psychologique ou physique, ça existe bel et bien. 

Ma gestion de la blessure avant le yoga

Dans mon cas, le déni, quand il s’agissait du physique, était poussé à l’extrême. Comme cette fois où je me suis cassée le petit orteil à l’escalade. J’étais en salle, pieds nus, et je me suis cognée le pied contre le tapis. Mon petit orteil a cassé, sans qu’on puisse douter du diagnostic. Âmes sensibles, sautez cette ligne ! La moitié de mon orteil était à 90° par rapport au reste… Je n’ai pas eu mal – au début en tout cas – et j’ai tiré sur mon orteil pour le remettre en place. Ni vu, ni connu, c’était remis dans l’axe, pas douloureux, alors pourquoi arrêter de grimper ?

J’ai rejoint mon partenaire de grimpe, je lui ai dit que je pensais que c’était cassé, mais que ça allait. J’ai remis mes chaussons et j’ai attaqué ma voie. Sauf que des chaussons d’escalade, c’est serré, petit, compressif pour les pieds. Quelques secondes après, j’ai dû me faire redescendre au sol et me rendre à l’évidence. Ce qu’il me fallait, c’était quitter la salle et aller faire confirmer le diagnostic à la clinique. 

Le reste de cette histoire importe peu, et serait inintéressant. La seule option avec un orteil cassé, c’est la syndactylie et le repos. Ce qui compte, c’est que je n’ai pas accepté la blessure. Pour le coup, ce n’était pas grave, et je n’ai rien accentué, mais s’il en avait été autrement ?

Ma gestion de la blessure avec la sagesse du yoga

Le sort s’acharne, et je viens de me blesser une nouvelle fois. Un bête « accident de télésiège ». Pour faire court, le débrayable a stoppé net à 1 mètre de l’arrivée, mon neveu a glissé et j’ai essayé de le retenir pour éviter qu’il ne tombe sous le siège. J’ai réussi à le sortir de ce mauvais pas, mais mes skis se sont plantés dans une bosse de neige. Le télésiège a repris sa route, et ça m’a mis une belle contrainte dans les lombaires avant de me retrouver plaquée au sol, coincée entre la neige et le siège. Ambiance.

Ces deux nouvelles blessures me mettent franchement un coup au moral. Je suis dans une phase où je suis bien dans mes asanas. J’explore de nouvelles postures, je m’amuse dans les flows que je compose, et j’adore mon métier de prof de yoga. Retrouver mes élèves et préparer mes séances à pensant aux besoins de chacun et chacune me rendent profondément heureuse.

Alors je me suis demandée comment gérer cette blessure et la dépasser avec le yoga. Et depuis 15 jours, je reviens encore plus aux origines du yoga, et à Patanjali. 

Les Yoga Sutras de Patanjali dans la vraie vie

Patanjali, c’est un peu l’Homère du yoga. Un personnage plus ou moins mythique qui aurait couché sur papier une connaissance millénaire. Rédigées entre 300 avant et 200 après notre ère, les Yoga Sutras sont une description à la fois du but et de la méthode du yoga. C’est dans ces 196 aphorismes qu’on trouve ce qu’on appelle les 8 membres du yoga

8 membres. Yamas, nyamas, asanas, pranayama, pratyahara, dharna, dhyana et samadhi. Comment appliquer ces 8 piliers du yoga, qui ont donc près de 2000 ans, à notre vie d’aujourd’hui, et particulièrement dans le cadre d’une blessure comme la mienne ?

Prenons-les dans l’ordre (même si je ne les citerai pas tous), et voyons comment utiliser ces outils du yoga pour traverser cette phase de blessure. 

Les yamas pour gérer une blessure

Les yamas sont le pilier qui désignent les différents éléments qui mènent au contrôle de soi. Et de contrôle de soi il est vraiment question quand il s’agit d’une blessure !

Ahimsa

Ahimsa est souvent traduit par la non-violence. Il s’agit plutôt de bienveillance. Dans le cas de la blessure, il faut apprendre à respecter son corps et à ne pas lui ajouter de tension, de douleur supplémentaire. Protéger la blessure, la soigner, c’est ahimsa. 

Et ahimsa, c’est au quotidien, tout le temps ! Avec ma blessure au dos, ahimsa, c’est me baisser en pliant les genoux pour évier de tirer sur les lombaires en me redressant, c’est m’asseoir correctement dans le canapé, et pas avachie, le dos tout tordu… Quoi ? Vous pensiez que les profs de yoga se tenaient toujours droit.e.s ?! Echec !
Ahimsa, c’est aussi être raisonnable, et prendre du temps pour récupérer. Aller à la piscine, conserver la zone au chaud, ne rien faire.

Pratiquer ahimsa envers son corps, pour quelqu’un comme moi, c’est dur. J’ai longtemps considéré le corps comme un outil. Mais ça me fait progresser sur mon chemin du yoga.

Satya

Satya est la vérité. La petite histoire que je vous ai racontée plus haut montre qu’on a parfois du mal à accepter la vérité. Et pas seulement au sens de sincérité. Accepter ce qui est, dire ce qui est. Voilà ce qu’est satya. Même si j’avais accepté ma blessure à l’ischio-jambier, elle ne me gêne que dans les asanas. J’ai donc du mal à accepter cette vérité au quotidien, et à chaque fois que je me retrouve sur le tapis, je teste… Alors que la blessure au dos est plus présente, elle m’oblige à la vérité et à santosha (cf infra). Blessé.e, il faut donc pratiquer satya.

Asteya

Asteya est le non-attachement. Et notamment, dans le cas de la blessure qui diminue la « performance », le non-attachement à un état de notre corps. Je sais que je vais devoir être patiente pour retrouver ma souplesse du côté de l’élongation, et plus globalement ma pratique côté lombaire. La profondeur dans les asanas ne sera plus la même pendant un moment. Il faut que je renonce à cette image de la souplesse acquise. Image d’autant plus difficile à abandonner que nous vivons dans un monde où le yoga ne s’affiche sur les réseaux sociaux que dans des postures où la souplesse est exacerbée ou la gravité mise à l’épreuve dans des inversions acrobatiques. Pas grave, je vais approfondir ma pratique de Bramacharya !

Bramacharya

Bramacharya est la modération. On le traduit souvent par l’abstinence, mais dans ce cas, je lui préfère la traduction de la modération. Ce yama me sera utile non seulement dans la phase aigüe de la blessure, mais également dans la phase de récupération : je pourrais être tentée de pratiquer beaucoup plus et avec plus de force et une intention « d’aller plus loin ». Mais il faudra utiliser la modération pour récupérer pleinement et sans risque de surblessure.

Les nyamas pour gérer une blessure

Santosha

Santosha est le contentement. Oui, je suis blessée. Et oui, ça me limite dans mon yoga postural. MAIS : je prends du temps pour moi, je suis plus contemplative face à ce qui m’entoure, je prends le temps de me préparer des petits plats, d’écrire des articles et de projeter de nouveaux séjours avec vous (inscrivez-vous à la newsletter pour en savoir plus) ! Finalement, cette pause est créative, sur plan perso comme sur le plan pro. De toute chose, on peut tirer des bénéfices !

Tapas

Tapas est la discipline. Pour ces deux blessures, j’ai fait un choix thérapeutique. Pas de médicaments. On m’avait prescrit des anti-inflammatoires et des anti-douleurs, mais je sais que si je ne sens pas la douleur, je vais dépasser mes limites. J’ai donc fait le choix de la récupération douce : kiné et surtout yin yoga.
Le yin yoga est un yoga doux, dans lequel on doit relâcher le corps et l’esprit pour travailler la souplesse du corps. C’est un yoga de la patience, de l’acceptation. Evidemment, choisir cette méthode, c’est s’astreindre à une discipline : je dois pratiquer tous les jours, longuement. Je me suis créée une séquence pour soulager et étirer mes lombaires et travailler sur l’ischio-jambier tendu et diminué par la blessure. On dit qu’une habitude se prend en 21 jours, j’ai déjà adopté ma nouvelle routine au bout d’une semaine. Tapas m’aidera à la maintenir.

Expérimenter un peu plus d’autres membres du yoga

Puisque je continue d’enseigner, il faut que je mette un peu mon corps au repos, sans pour autant oublier le yoga. J’en profite pour explorer un peu plus les autres membres du yoga, et notamment le pranayama.

Le pranayama est le quatrième pilier du yoga de Patanjali. C’est le contrôle du souffle. Il existe de nombreuses techniques de pranayama. J’ai déjà eu l’occasion de parler de pranayama ici, je vous renvoie aux articles déjà écrits sur ujjayi et nadi shodhana. Je vous parlerai d’autres pratiques bientôt !

Pratiquer les asanas avec des supports

Vous l’aurez compris, être blessé ne signifie pas nécessairement arrêter de pratiquer la partie posturale du yoga. Il conviendra d’adapter le type de yoga ou les postures pour éviter de se faire mal et de tirer sur un muscle traumatisé.

Pratiquez avec les supports : dans cette période de convalescence, les accessoires sont nos meilleurs amis !

À nous les briques, sangles, bolsters et autres couvertures pour nous aider à pratiquer sans toucher ses limites.

Le yin yoga, j’en ai parlé plus haut, sera également d’un grand secours !

Soigner sa blessure

Les profs de yoga sont parfois considérés comme des « sachants » du corps et de la blessure. J’ai été de nombreuses fois « consultée » par mes élèves sur une blessure, une contracture ou un pépin physique.

Bien que j’aie souvent recours à des médecines dites alternatives, votre meilleur conseiller reste et restera votre médecin. Il vous connaît, connait le corps, ses possibilités et ses limites, et lui seul pourra vous orienter dans un parcours de soin adapté.

J’ai consulté, et bilan : repos, kiné, et quelques anti-inflammatoires et anti-douleurs que je ne prends pas (j’ai dit pourquoi ci-dessus). On se retrouvera tout bientôt sur les tapis pour rééduquer ensemble des petites blessures !

D’ici là, prenez soin de vous !