Petite histoire d’Asana

Si aujourd’hui le mot yoga est souvent utilisé pour désigner une pratique posturale, le yoga est en réalisé une méthode bien plus riche. Une méthode, et un but : « l’arrêt des fluctuations du mental ». C’est ce que nous enseigne Pantajali dans ses Yoga Sutras. Retraçons ici la petite histoire d’asana, depuis les origines à nos jours.

Asana dans les Yoga Sutras de Pantajali

Dans ce livre de référence, le mot asana n’apparaît qu’à quelques reprises, et seulement 2 aphorismes lui sont consacrés, dont le plus connu est le II.46 :

Sthira sukham asanam

Patanjali

La traduction sanskrit de ce sutra est : la posture est stable et confortable. Pour « posture », Patanjali utilise le mot « asana ».

A l’époque où les Yoga Sutras ont été rédigées, le vocable sanskrit asana désigne littéralement le fait d’être assis, en témoigne la traduction littérale : « le fait de s’assoir »

  • As : s’assoir
  • -ana : suffixe qui signifie « le fait de faire »

Dans les Yoga Sutras, « asana » désigne alors la posture de méditation, généralement associée à la posture du tailleur, sukhasana, ou du lotus, padmasana.

Alors, comment est-on passé d’une simple évocation de la posture de méditation à la pluralité des yogas posturaux du XXIème siècle ?

C’est l’histoire de cette évolution, une histoire d’asana, qu’on va tenter de retracer ici à travers les principaux textes de référence du yoga.

Asana dans la Bhagavad Gîta

La Bhagavad Gîta est un roman épique qu’on date difficilement. Parfois relié aux Upanishads, textes védiques de 5000 ans avant notre ère, beaucoup de spécialistes s’accordent à dire qu’il a été écrit entre les Ve et IIe siècles avant notre ère.

Ce Chant du Seigneur, considéré comme la « Bible de l’Inde », met en scène le dieu Krishna, incarné dans un conducteur de char, et Arjuna, un jeune guerrier. L’épopée est prétexte à l’exposé d’une doctrine portant sur l’action, la discrimination, la connaissance et la dévotion qui serait à la base de l’hindouisme.

Dans ce texte ancien, le mot sanskrit est alors utilisé pour désigner le siège. 

Diversification des postures dans les Puranas

Les Puranas ont été écrits entre 400 et 1000 après notre ère.

Ce texte révèle que Shiva lui-même a enseigné les postures aux hommes. Selon la légende, il faisait pratiquer son épouse Parvati à côté de l’océan, et un poisson se serait approché pour suivre les enseignements. Il finit par se changer en homme, devenant Matsyendra, « le poisson fait homme ».

Shiva poursuivit son enseignement qui avait pour but de préserver la santé des hommes et d’accéder à la connaissance de soi.

On doit notamment les postures du guerrier aux Puranas. En effet, la légende de Virabhadra nous est parvenue par ce texte.

Le guerrier serait né d’une mèche de cheveux de Shiva au cours d’un banquet sacrificiel qui avait été organisé par son beau-père, Daksha. Daksha était contre le mariage de sa fille Sati avec Shiva. Le sacrifice était censé effacer l’affront de l’union, et ni Sati, ni Shiva n’étaient invités. Sati s’est cependant rendue au banquet et s’est jetée dans les flammes. Shiva, arrivé alors que Sati était déjà dans le brasier, aurait jeté une mèche de ses cheveux et Virabhadra serait né de cette mèche et des cendres de Sati.

Virabhadra aurait alors décapité les participants au sacrifice. Daksha a survécu, affublé d’une tête de chèvre.

C’est de cette légende que seraient nées les 3 postures du guerrier. La dernière variante, virabhadrasana 3, le représente en train de trancher l’ego de Daksha par son épée.

Par l’enseignement des postures, Shiva souhaitait enseigner le moyen de s’élever de sa condition d’animal et celle de l’homme par la maîtrise de son corps. Il aurait donc décrit 8 400 000 postures, autant que d’être vivants.

Les asanas dans le Hatha Yoga Pradipika

L’histoire d’Asana fait un bond dans le Hatha Yoga Pradipika est un traité de yoga rédigé au XIème siècle. Le nombre de postures est ramené à 84 000, dont 84 grandes postures et 15 essentielles, décrites dans le traité.

Ces postures sont :

  • Svastikasana appelée aussi Sukhasana, la posture du tailleur
  • Gomukhasana la tête de vache
  • Virasana la posture du héros
  • Supta kurmasana la posture de la tortue
  • Kukkutasana la posture du coq
  • Yoganidrasana la posture du sommeil yogique
  • Dhanurasana la posture de l’arc
  • Matsyendrasana la posture de l’homme poisson
  • Paschimottanasana le grand étirement de l’ouest, ou pince
  • Mayurasana le paon
  • Savasana la posture de relaxation
  • Siddhasana la posture parfaite
  • Padmasana le lotus
  • Simhasana la posture du lion
  • Bhadrasana, appelée aussi Baddha konasana, la posture de l’angle lié ou posture du papillon

Parmi ces 15 postures, on remarque que 11 sont des postures assises. Au XVe siècle donc, le yoga est encore en premier lieu une pratique orientée vers la méditation et la relaxation.

Le XVIIe siècle dans l’histoire d’asana

Le Gheranda Samhita, dont l’écriture se situe entre les XVe et XVIIe siècles, autre traité de Hatha yoga, mentionne, lui, 32 asanas.

Hatharatnavali, toujours au XVIIe siècle, est le premier traité de hatha yoga à nommer 84 asanas, dont 36 sont décrits précisément.

La transformation de la pratique posturale au XIXe et surtout au XXe siècle

Le XIXè siècle et la première moitié du XXe couvrent la période coloniale de l’Inde. En réaction, la culture indienne se renforce, et notamment la pratique du yoga qui tend à montrer son ancienneté, ce qui va contribuer à l’évolution de l’histoire d’asana.

Au XIXe siècle, les yogis étaient considérés comme des marginaux contorsionnistes, et les Indiens ont mis en avant la partie spirituelle du yoga. Les asanas n’ont pas connu de forte évolution pendant cette période.

En revanche, Les indiens étaient considérés comme chétifs. en réaction, le raja de l’Aunth (principauté d’Inde) a fait codifier un traité de salutations au soleil. A cette époque, la pratique posturale du yoga a été renforcée et transformée par des apports de la gym suédoise importée par les colons britanniques. De nombreux indiens se sont mis à pratiquer le yoga postural, et de nombreux courants sont apparus autour du Hatha yoga.

Le bassin de deux des plus grands courants se trouve à Mysore et ces deux formes de yoga trouvent leurs racines dans l’enseignement de Krishnamacharya. Ce guru était en charge de l’éducation physique du fils du Maharaja et de sa suite de jeunes hommes.

B.K.S Iyengar et Pattabhi Jois ont été les élèves de Krishnamacharya. Ils ont chacun donné naissances à deux « écoles » de yoga :

Le yoga Iyengar

C’est la forme de yoga la plus rigoureuse, qui met l’accent sur l’alignement du corps, l’organisation des séquences de postures et l’utilisation de nombreux supports : sangles, briques, cordes, chaises, etc.)

C’est un yoga qui se caractérise par l’attention portée à l’alignement des différentes parties du corps dans l’espace, l’organisation des postures en séquence et l’emploi de accessoires de yoga (sangles, briques, couvertures, chaises, cordes). 

L’ashtanga yoga

Pattabhi Jois a codifié 6 séances de yoga appelées « séries », chacune étant plus avancée que la précédente. Elles répètent toujours les mêmes asanas, dans le même ordre.

La première est accessible aux débutants, mais on considère qu’il faut 3 mois minimum de pratique quotidienne pour la connaître. La plupart d’entre nous ne pratiquons qu’une fois par semaine, il faudra donc un peu plus de temps pour la connaître, et un peu plus encore pour la maîtriser. Bien que réputée exigeante physiquement, la répétition des asanas dans le même ordre permet une progression dans leur exécution. Des variations existent pour la pratiquer, ce qui permet aux débutants d’entrer dans cette pratique.

La première série permet de purifier le corps des toxines, la seconde, accessible aux pratiquants intermédiaire, va, elle, nettoyer le système nerveux. Les 4 dernières séries sont réservés aux élèves avancés.

Explosion et diversification de la pratique posturale au tournant du XXIème siècle

Comme le souligne Marie Kock dans son ouvrage, du Bikam aux Beatles, du LSD à la quête de soi, le yoga est devenu une histoire monde.

Le Vinyasa est venu comme dérivé de l’ashtanga, dans lequel on a ajouté de la créativité, puis est apparu le power yoga, très dynamique et axé renforcement musculaire. De nombreux type de yoga apparaissent avec des caractéristiques différentes : kundalini yoga,

Daniel Lacerda a publié un très joli ouvrage sur les postures de yoga. De quoi pimenter votre pratique 🙂